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Actualités | oct..2026

Objectif Route du Rhum – Destination Guadeloupe

Quatre ans après son premier départ sur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, Ian Lipinski a retrouvé le bassin Vauban de Saint-Malo. Il le quittera le 1er novembre avec ses 48 concurrents de la Class40. Le récent vainqueur de la Globe40 revient plus fort de toute l’expérience acquise à la barre de son nouveau Class40 Crédit Mutuel 202. Echanges avec le skipper à 10 jours du départ de la course.

Objectif Route du Rhum – Destination Guadeloupe

Ian Lipinski, que s’est-il passé depuis le retour de la Globe40 ?

« Nous avons effectué un travail de fond à l’issue d’une course de plus de 35 000 miles. Il a fallu remplacer un certain nombre de pièces d’usure. Nous avons changé l'ensemble du gréement, énormément de bouts, et fait de multiples vérifications pour s’assurer du bon état du bateau. L’équipe a aussi passé l’électronique, les câblages électriques, le gréement et les voiles au peigne fin. Donc le bateau a été entièrement contrôlé. Tout est réparé, fixé, tout va bien. »

Qu’en est-il des voiles ? Les avez-vous changées ?

« Pour le tour du monde, nous avions un jeu assez spécifique, avec une voile supplémentaire autorisée. On ne l’aura pas pour la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, mais la Globe40 nous a permis de tirer des enseignements sur les voiles, et cela nous a donné des idées pour faire un peu différemment. Ce sera peut-être le cas sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe : on essaiera de juger s’il est pertinent qu’on adopte une configuration de voiles classiques… ou une configuration différente des autres ». Comment va le marin, physiquement ? Comment t’es-tu remis dans le mode solitaire, tellement gourmand en énergie ? « J’ai repris il y a un moment les bonnes habitudes que j’avais délaissées durant le tour du monde. Le format cassait les routines. Je suis retourné sur ces bonnes routines et, depuis la mi-août, j’ai beaucoup navigué en solo pour me réacclimater à l’exercice, retrouver les automatismes. »

Il y a 4 ans, tu abordais ta première Route du Rhum avec un ‘warning’ : tes émotions, dont tu redoutais qu’elles te submergent. Tu as le sentiment d’aborder ta deuxième Route du Rhum – Destination Guadeloupe plus à froid ?

« C’est en tout cas ma volonté. Est-ce que je vais y arriver ? Je ne sais pas. Ces grands rendez-vous génèrent en moi un peu d’appréhension, comme les effets de foule, l’émulation collective… alors je vais essayer de me préserver, en répondant aux sollicitations incontournables, mais j’ai besoin de garder mon énergie et de rester dans ma bulle jusqu’à la Guadeloupe. Depuis l’édition 2022, j’ai pris de l’expérience, j’ai fait des transatlantiques et un tour du monde : je pense que ça aide à se tranquilliser. »

À partir de quand ta tête commence à se concentrer sur l’objectif, dans les jours qui précèdent le départ ?

« Oh, ça fait un moment que ma tête se focalise sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ! Je visualise beaucoup, je me projette, j’imagine les situations… J’y pense tout le temps, tous les jours. Il va y avoir du nouveau bientôt avec l’analyse du schéma météo qui va se mettre en place, et je vais continuer à visualiser les configurations et le jeu. Je suis impatient que tout ceci devienne précis. »

Quand tu pars, ton corps met du temps à s’adapter à la mer ? Un départ dans le gros temps peut te secouer ?

« Je n’ai pas trop le mal de mer, c’est une bonne chose, mais le corps met quand même deux ou trois jours à s’acclimater. Jusqu’à présent, cela ne m’a pas posé de réel problème. La clé, c’est le sommeil. Donc ma capacité à ne pas entamer les réserves trop rapidement, même si on sait tous qu’avec l’excitation du départ, on ne dort pas beaucoup les premiers jours. Le petit coup de mou, je peux l’avoir en milieu de course, mais pas au départ. Je n’ai jamais eu de pépins, de collision au début, je suis focus tout de suite. Ça vient aussi avec l’expérience cumulée sur les transatlantiques, on connaît leur tempo ». Ton Class40 Crédit Mutuel, deuxième du nom et mis à l’eau en 2024 est, comme les autres, doté de points plus ou moins forts, selon les allures (les angles de vent). Dans le contexte hyperconcurrentiel de la Class40 vous êtes 49 au départ, comment gères-tu ce contexte ? « En réalité, tout dépend des conditions de navigation et de la météo. Il y a des conditions où je me défends bien en vitesse. Si les conditions s’y prêtent, je pourrai me lancer dans une course calme sur le plan stratégique, une course de ‘gagne-petit’ classique. Si la météo fait que les conditions m’embarquent dans la difficulté, que je suis décroché dès le début, je sais que je ne me contenterai pas d’un truc moyen, sans rien tenter. Cela me paraît cohérent de ne pas accepter d’être derrière sans chercher des solutions. Alors, je pourrais être amené à faire des choix audacieux. Dans ce cas-là, il faudra être lucide dans le choix, dans son exécution, et il faudra assumer. Il faut aussi être serein dans un choix audacieux, et c’est un autre sujet. Mais comme je me prépare aussi à ça, mentalement, je pense que les choses peuvent bien tourner. »

Quelle place prend la Route du Rhum - Destination Guadeloupe dans ton top des courses qui comptent ? Est-ce la plus grande course du calendrier des Class40 ?

« Sportivement, je ne pense pas : c’est une transat en solitaire, comme l’est la Transat CIC qui va à New York. En revanche, pour ce qui concerne le défi, je place toutes les courses en solitaire au-dessus des courses en double et en équipage. En termes d’enjeu médiatique, oui, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe est la plus grande, et sa rareté fait effet. Enfin pour ce qui me concerne en tant que skipper, je ne fais aucune distinction entre les courses. Sitôt qu’il y a une ligne de départ, une ligne d’arrivée et une course entre les deux, je me donne à fond. »

Chacune demande le même investissement ?

« Je ne hiérarchise jamais et, à chaque fois, j’essaie de faire du mieux que je peux. On a la chance d’avoir la capacité à être prêt de la même manière à chaque course, grâce au Crédit Mutuel. On arrive toujours au top, pour le tour du monde comme pour une Transat Café L’Or. Dans l’équipe, personne ne fait jamais l’impasse. »

Avec les autres concurrents de la Globe40, vous avez fait un tour du monde à des vitesses élevées à travers la planète, sur un temps d’effort incroyable. Est-ce que tu as le sentiment, notamment avec le bras-de-fer que tu as joué avec Jonas Gerckens, ton dernier rival pour la victoire, d’avoir contribué au rayonnement de la Class40, devenue une classe de tourdumondistes ?

« Même s’il y avait déjà eu une première édition, et sans faire offense aux premiers à s’y être engagés, c'était la première fois qu'il y avait des projets aussi compétitifs que les nôtres. Je pense que nous avons été précurseurs de ces courses au-delà de l'Atlantique, et je m'en réjouis. J'espère que ça va favoriser la participation de plus de bateaux dans ce type de courses à l'avenir. Cela vaut aussi pour le Crédit Mutuel, qui a été investi dans l’aventure et qui, déjà, avait fait avancer la Class40 en mettant à l’eau un Class40 à étrave arrondie en 2019. Ensemble, nous avons été les initiateurs de deux mouvements inspirants. C’est super. »

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