
Ce vendredi 5 décembre, en fin de matinée à l’horloge hexagonale, Ian Lipinski et Amélie Grassi ont croisé la longitude du cap de Leeuwin, deuxième des trois caps mythiques à franchir lors d’un tour du monde dans le sens des courants. En tête de la 3e étape de la Globe 40 après treize jours de course, le Class40 Crédit Mutuel progresse à belle allure.
C’était hier
Il y a pile une semaine, Ian Lipinski et Amélie Grassi en terminaient avec une longue, mais belle à vivre, session de vents légers ; quelques risées venaient effleurer la surface de l’eau, gonfler les voiles et picoter les sensations des deux marins à l’affût. Quelques heures plus tard, le duo s’extirpait de la barrière anticyclonique qui faisait tampon entre l’île de la Réunion et le retour dans les systèmes météo du grand sud. Et, d’un coup, la scénographie a changé, la griffe méticuleuse d’un Claude Sautet du grand large, laissant place aux tempos d’un Quentin Tarantino de la longue houle.
Au cours de ces sept derniers jours, le Class40 Crédit Mutuel a parcouru 2441 milles par rapport à la route théorique qui mène à Sydney, destination de cette troisième étape. Soit 348 milles de moyenne, soit plus de 14,5 nœuds de vitesse. Solide et encourageant, comme le constate Ian Lipinski : « Les performances ont été bonnes parce que le regard est bon, parce qu’on est en tête, avec un petit peu d’avance. On n’a pas à rougir de notre vitesse dans 25-30 nœuds au portant dans de la mer. Nous n’avons pas été moins rapides que le bateau belge, parfois un peu plus ; on est satisfait du bateau dans ces conditions. On a trouvé des trucs, des réglages nouveaux. On est surtout extrêmement content aujourd’hui parce que ça faisait trois jours qu’on avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Une drisse de notre code 5, le petit spi dont on se sert depuis une semaine, avait cédé, et on ne pouvait plus affaler. Il nous fallait absolument une fenêtre météo pour monter dans le mât. On l’a eue ce (vendredi) matin. C’était un peu chaud, mais on a réussi, problème résolu. C’était quand même un souci pour la suite : la baston nous attend ! »
Pour aller vite (enfonçons des portes ouvertes), il faut du vent, mais les dépressions qui se succèdent creusent la mer, ce qui ne rend pas la navigation des plus confortables. Et, si toutes les images du bord montrent deux marins enjoués et gonflés d’énergie après deux semaines sur l’eau, quelques stigmates cachés révèlent l’âpreté de la navigation. Départs à l’abattée ou au tas s’accumulent. « Est-ce que le corps s’acclimate à ces conditions ? Actuellement, il y a une accalmie, mais franchement, tu ressens les bleus, et ils te font mal, révèle Ian Lipinski. Les mains sont abîmées et douloureuses. On a un peu de mal à se déplacer. Quand tu es dedans, tu es dedans, mais une fois que c ‘est passé, tu vois que ça a laissé des traces ».
C’est maintenant
L’esthétique cutanée ne va pas aller vers le mieux au cours des prochains jours : samedi, le Class40 Crédit Mutuel, qui navigue par 45°S, va se confronter à une succession de dépressions venues de l’ouest et qui, méthodiquement, vont provoquer des coups d’accélérateur assez brutaux. Si la première, qui arrivera à leur rencontre samedi matin, secouera l’équipage sur un temps relativement court, puisqu’elle est vouée à enfler après avoir dépassé le Class40 Crédit Mutuel. La deuxième arrivera un peu plus tard, mais à pleine maturité. À bord, il sera question de réduire la voilure, d’adopter un tempo conservateur et de courber l’échine dans une houle désordonnée.
L’apprentissage des mers du sud est un privilège, mais il a aussi ses… comment dire… petites contrariétés. Quand il s’agit de répondre à une question qui porte sur le ratio tension-sensations, Ian Lipinski assume : « Je dirais… 9 gradients de tension, 1 gradient de sensations, mais comme Amélie dit que c’est du 50/50, je vais pondérer mon avis et dire que c’est du 8 – 2 ». Et c’est ainsi que se créent les plus beaux souvenirs.
Il en est un dont les deux se seraient bien passés. Quelques heures avant de prendre le départ il y a 14 jours, l’équipe Crédit Mutuel a finalisé l’avitaillement et l’organisation du matériel. Comme attendu, Ian a bien rangé le sac de couchage dans le bateau… mais dans un sac qui avait vocation à retourner à Lorient avec Sébastien Picault ! Privés de ce sac à partager, la question du froid est devenue prépondérante, mais ce sont les règles de course qui ont sauvé la situation. « Heureusement qu’on a un chauffage obligatoire, dédié à l’endroit où on dort ! Ce qui nous inquiétait le plus, c’était la température au moment de dormir, mais ça va, on a trouvé des solutions ».
À l’aube de l’entame de la 3e semaine de course, le Class40 Crédit Mutuel est en tête avec une cinquantaine de milles sur Belgium Ocean Racing – Curium et 745 sur Free Dom, piloté par Maxime Bourcier et Noé Delpech. L’équipage allemand de Next Generation Boating Around the World (Lennart Burke – Melwin Fink), deuxième au classement général, a été contraint à l’abandon sur une avarie de gréement.
Globe40