Après cinq jours de course dans cette sixième et dernière étape de la Globe40, et environ 600 milles parcourus sur la route entre Recife et Lorient, ville d’arrivée de cette édition, le Class40 Crédit Mutuel s’est emparé ce vendredi de la première place, devançant Belgium Ocean Racing – Curium. Ian Lipinski en Antoine Carpentier sont dans une position stratégiquement assumée à l’ouest de la flotte. À 3100 milles du but, et malgré les sargasses qui endiguent la progression, le match bat son plein !

C’est hier Depuis dimanche et le départ de la sixième et dernière étape de la Globe40, la flotte des Class40 remonte vers le nord, dans les latitudes du Brésil pour encore quelques heures. Après quatre jours de course, un petit parcours de départ « pas trop mal », note Ian Lipinski sort en premier, puis l’amorce de la remontée dans un petit vent de portant dans lequel le Belgium Ocean Racing – Curium était particulièrement à l’aise –, la bataille des stratèges s’est mise en place. Ian Lipinski raconte le moment : « On a profité d’une opportunité, d’une bascule du vent à droite, qui nous a permis, avant la ville de Natal, de faire un bâbord et de se rapprocher de la côte. Forcément, on a régressé brutalement au classement. Mais en se rapprochant de la côte, on est arrivé près de la remontée des fonds du plateau continental où se fait une bonne accélération de courant. Dans le contournement de la pointe brésilienne, on a bénéficié aussi d’un peu plus de vent, ce qui nous a permis d’effacer une partie de la distance perdue. Surtout, cela nous a offert un petit décalage dans l’ouest. Non seulement nous ne sommes pas dans le sillage de Belgium Ocean Racing – Curium, mais c’est aussi un mouvement qui nous paraît intéressant sur plusieurs paramètres pour la suite. Ce petit décalage pouvait nous faciliter la traversée du pot au noir, qu’on estimait moins épais dans l’ouest ».
« Dans le scénario idéal… »
Après être restés derrière Jonas Gerckens et Benoît Hantpzerg, Ian Lipinski et Antoine Carpentier les voilà leaders, une position dont il faut se réjouir, mais qu’il reste à défendre. La suite ? « Du reaching (vent de travers) pour progresser vers le nord et viser dans l’ouest de l’anticyclone des Açores qui sera bien en place dans quelques jours, anticipe Ian Lipinski. Il faudra traverser la dorsale qui sera dans son ouest – sud-ouest pour basculer dans son nord. Dans un scénario idéal, on trouve une dépression et on court devant un front, ce qui nous permettrait de progresser vite sur la route de Lorient. Mais rien n’est complètement clair. Ce qui est sûr, c ‘est qu’on va faire le tour de l’anticyclone par son ouest ».
Dans un scénario idéal, il n’y aurait pas de sargasses. Depuis peu, les monocoques n’ont d’autre choix que traverser ces bancs immenses d’algues brunes qui accaparent le coeur de l’Atlantique (lire cidessous). Au cours de l’échange avec le Class40 Crédit Mutuel, Ian Lipinski a dû mettre en suspens ses explications pour libérer les algues prises dans la quille et les safrans. Un frein pour la performance avec lequel il faut composer. Lire la route, investir dans des options stratégiques, c’est tout le sens de la voile, mais lorsque la navigation s’opère en double ou en équipage, le « où » et le « comment » sont une affaire de discussions, de palabres peut-être… et de confiance. Celle-ci est le socle de la complicité qui lie Antoine Carpentier et Ian Lipinski.
« Ça se fait petit à petit, dit Ian, au gré des navigations. Ça fait un bout de temps qu’on navigue ensemble, donc on se connaît bien et on apprécie naviguer avec l’autre. Maintenant, il n’y a pas besoin de faire des schémas sur le tableau pour savoir comment on va s ‘y prendre. On attaque assez vite. On s’aide, chacun est capable de faire un peu tout. Ce qui est top avec Antoine, c’est que rien ne lui fait peur. Le bateau tape, s’agite ? S’il faut changer de voile malgré les conditions, on ne va pas réfléchir 45 ans. Comme il le répète volontiers, il faut naviguer avec la voile du temps. On n’est pas dans l’expectative, on est très rapidement dans l’action. On est sur la même longueur d’ondes quand il faut transiger entre la préservation du bateau et la prise de risque. Cette perception commune est fondamentale dans l’établissement de la confiance mutuelle. Maintenant, on connaît les qualités et les défauts de l ‘autre. Et voilà, il faut croire qu’on apprécie les qualités de l’autre et qu’on accepte les défauts ». Mais que regarde-t-on spécifiquement dans la façon de faire chez l’autre ? « Il regarde combien je mange de chocolat et moi, je regarde combien il mange de tranches de jambon ! Surtout, ce qui est précieux, c’est de réfléchir à deux, de challenger la théorie de l’autre, c’est ainsi qu’on trouve la bonne solution ».