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Un bateau qui vole

Ian et le Class40 Crédit Mutuel feront l’impasse sur la prochaine course de la saison « Les Sables-Horta », ils retrouveront la concurrence en septembre prochain lors de la 40 Malouine LAMOTTE. Ian a pu profiter d’un peu de temps libre pour réaliser une belle traversée de la France de Ploërmel en Bretagne jusqu’à Issoudun près de Bourges, il raconte son aventure.

« Il est 13h à Ploërmel en centre Bretagne. Je suis harnaché dans mon planeur scrutant le ciel. C’est une tempête de ciel bleu. Mais où sont les cumulus tant attendus. D’après l’analyse météo que j’ai pu récolter depuis hier, la convection devrait commencer à cette heure précise. C’est à dire que la masse d’aire devrait maintenant s’animer de mouvements verticaux, ces mouvements que l’on utilise en planeur pour prendre de l’altitude, de l’énergie. Car sans moteur, le planeur ne peut que glisser dans l’air en descendant. Pour faire simple : la gravité fait tomber le planeur, et ses ailes lui permettent de tomber « en avançant »…. Il faut donc pour pouvoir monter, trouver de l’air qui monte plus vite que lui ne tombe ! Bref, les cumulus, ces nuages en forme de mouton (Le Petit Prince, Saint-Exupéry, l’Aéropostale…. Tout se recoupe !), matérialisent le sommet de ces ascendances, et permettent ainsi au pilote de les trouver…. et de monter…. Mais le ciel est tout bleu, je vais décoller…. Comment vais-je me maintenir en l’air ? Mon objectif est d’aller le plus loin possible en direction du Massif Central, ce qui pour moi n’est pas la porte d’à côté ! 

Je décolle, tiré via une corde par un petit Ulm, et dès les premiers mètres, pénètre dans cet univers en trois dimensions si différent. C’est comme rentrer dans la nuit au large en pleine mer : un nouveau monde s’offre à moi. Mais il n’est pas l’heure à la contemplation poétique, il est l’heure de trouver dare dare de quoi se mouvoir dans les airs. Je veux que mon planeur devienne un « roi de l’azur », et ne retombe pas « piteusement sur les planches » ! 

A force de virages, de sueur et d’hésitations, une heure durant, je ne peux que me maintenir entre 300 et 500m du sol…. Pas assez pour atteindre les convoités cumulus qui se développent au sud de Rennes. 

Il est 15h, et enfin je parviens à m’élever suffisamment pour quitter la zone de Ploërmel. Et après un long vol plané (en serrant un peu les fesses), j’atteins une zone « bien pavée » où il est aisé de spiraler sous les nuages et monter enfin à plus de 1000m d’altitude. D’autres planeurs tournoient avec moi. J’accumule cette énergie que procure l’altitude et poursuit ma route vers Angers. Je dois alors traverser une zone plus compliquée où le soleil se cache et dans laquelle je traverse même quelques gouttes de pluie. Il faut absolument rejoindre une atmosphère plus ensoleillée, puisque les mouvements verticaux de l’air que je recherche, tout comme les vent que l’on exploite en bateau à voile, sont provoqués par la chaleur du soleil…. Ouf ça y est, je me suis extirpé de l’ombre de ce gros nuage étalé, et poursuit ma route vers la ville de Tours. En-dessous de moi, je contemple la Loire qui, vue d’en haut est bien plus petite que depuis la Terre, ce qui donne une impression de puissance et de grandeur incroyable. Les conditions sont exceptionnelles à présent, et j’atteins presque 3000m de haut, ce qui me paraît insensé pour un vol au-dessus de la plaine. Avec cette altitude, il m’est presque possible d’atteindre Châteauroux, possible lieu d’atterrissage, sans avoir à ne plus remonter. Car sans cesse, je dois me préoccuper d’un éventuel atterrissage. Les champs qui pourraient être une solution, sont en ce mois de juin, des cultures assez hautes, ce qui n’est pas du tout propice à se poser. Je ne dois pas risquer de casser ce bel oiseau qui me transporte, ni de me faire « mal ». La Terre devient jaune et semble bien sèche maintenant. Nous ne sommes plus en Bretagne ! Je me rapproche de Bourges et le soleil est descendu. L’atmosphère se calme doucement, et je comprends qu’il s’agit là de la fin du voyage. Je décide de me poser sur le terrain de vol à voile d’Issoudun, où je suis accueilli chaleureusement par d’autres passionnés de nuages. Je raconte un peu comment je suis arrivé jusque-là. C’est un vol presque banal pour eux qui pratiquent assidûment le vol à voile, mais c’est pour moi une sacré aventure et je suis tout fier d’avoir parcouru cette distance dans une zone qui m’était inconnue dans les airs.

Tout comme la pratique de la course au large, voler sans moteur nécessite une grande concentration, une grande écoute des éléments qui nous entourent. Les décisions doivent être prises vite et souvent pour choisir sa route et sa stratégie. La sécurité en priorité numéro une, la recherche omniprésente d’une forme de performance (aller vite et loin), sont tout comme en course au large, la source de cette adrénaline, de ces émotions si fortes. Se représenter le ciel, comprendre ses mouvements, projeter sa trajectoire, adapter constamment ses plans… c’est un entraînement précieux en maints points comparables à ce que je vis dans la course au large ! »

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