
Depuis désormais plus de deux semaines, le Class40 Crédit Mutuel dévore les milles au beau milieu de l’océan Pacifique sur la route qui mène à Valparaiso, destination de la 4e étape de la Globe40. Et ce n’est pas de tout repos.
6228 milles, c’est l’immensité face à laquelle Antoine Carpentier et Alan Roberts faisaient face au départ de Sydney le 1erjanvier. 2430 milles, c’est la distance dévorée par le duo en une semaine de course. 1627 milles, c’est ce qu’il reste à parcourir avant que de couper la ligne d’arrivée à Valparaiso. S’il n’y avait eu Benoît Hantzperg et Djamila Tassin dans les proches parages, Antoine Carpentier et Alan Roberts auraient pu avoir la sensation d’être seuls au monde dans cette partie de l’océan Pacifique, désert immense et mouvant, fascinant et angoissant. Mardi, le duo du Class40 Crédit Mutuelest passé très près du point Nemo, le plus éloigné de toute terre. Le point Nemo est un peu comme la ligne de mire, on le voit sans le voir. Il n’est pas une cible, mais un rappel à la vigilance.
« On a dû avoir 25 nœuds de moyenne, peut-être 28, et une mer toujours trop courte pour se faire plaisir, reconnaît Antoine Carpentier. Au niveau sportif, nous ne régatons plus vraiment depuis trois jours. On essaie de ne pas casser le bateau ou les voiles. Le mot d’ordre, c’est de ne pas accélérer dans les vagues, et il s’applique sur le choix des voiles, leur réglage et celui du pilote automatique, qui a d’ailleurs une fonction qui permet de décharger les voiles quand on dépasse une certaine vitesse. Le système s’active automatiquement ou manuellement. Vous imaginez bien qu’on est en mode manuel… Physiquement, la semaine a été assez éprouvante, on doit se tenir en permanence pour ne pas voler dans le bateau ». Sa cuisse gauche gardera quelques jours le souvenir de cette traversée pacifique. À force de cogner contre une cloison contigüe au poste de barre, Antoine s’est donné une bonne grosse béquille « à force de prendre des coups de frein énormes en bas des vagues ; ma cuisse a dû cogner cent fois ! On a les mains un peu abîmées – normal –, et je me suis fait fouetter le visage par une écoute lors d’une manœuvre. Bref… on sera content de sortir du grand Sud ! »
Une nouvelle séquence
Il y eut, depuis le départ, quelques jours où le sommeil a manqué. « On a connu des moments où le bateau cognait si fort qu’il n’était pas possible de dormir, précise Alan Roberts. On a eu quelques jours de fatigue, et ça va mieux maintenant, je me sens plutôt en bonne forme. Depuis quelques jours, on a beaucoup de vent, et beaucoup de mer, avec actuellement une longue houle de 7 à 8 mètres, qui est complétée par un petit clapot pas simple à gérer. C’est dur de naviguer vite dans ce vent qui va de 25 nœuds à 35 nœuds avec des rafales à 40. On a retrouvé un peu de soleil, ce qui fait du bien parce qu’on en a été privé pendant un moment ».
Dans la nuit de ce vendredi matin, duo a empanné et le monocoque pointe son étrave vers le nord-est désormais. Cette manœuvre ouvre un nouveau chapitre de cette 4e étape. Après deux semaines dans le train des dépressions du grand sud, régime plutôt favorable à Belgium Ocean Racing Curium, son grand rival pour la victoire, le Class40 Crédit Mutuel va connaître des allures (angles au vent) variés, et le jeu va de nouveau s’étoffer en stratégie et tactique. « La route paraît assez claire vers Valparaiso », assure Antoine Carpentier. « Le match a été très serré, et nos camarades ont gagné quelques milles d’avance quand on a rencontré quelques problèmes techniques, précise Alan Roberts. En remontant, on va devoir négocier une zone de ‘molle’ dans un anticyclone qui fait barrage au niveau du Chili, il va y avoir une zone de compression, du vent de près… On essaie de garder le bateau dans le meilleur état possible pour être en mesure d’attaquer. On a encore six jours de course, rien n’est fini ! »
Globe40