
Ian Lipinski et Antoine Carpentier étaient prévenus : l’entrée de cette 5 étape de la Globe40, 4820 milles entre Valparaiso et Recife, est à la hauteur des promesses de la météo : ventée et cabossée. Au vent de travers, la flotte s’est élancée mercredi, 18h20 heure française, dans le gros vent d’une dépression qui vient du sud et qui lève le clapot sur une houle venue du nord, et sous un beau soleil – de ceux qui font trompe-l’oeil en apportant une touche de joli bleu à une météo moins reluisante. Depuis deux jours maintenant, le Class40 Crédit Mutuel plante des choux dans l’océan Pacifique. Ils ne pousseront pas, mais dans ces conditions, et malgré l’inconfort permanent, malgré les soubresauts, les petits décrochages et l’impression pénible d’être brassés dans un shaker à l’eau salé, les deux marins avancent.
« Nous sommes donc au près depuis le départ mais le vent est en train de mollir doucement, ce qui nous va bien! Pas super facile, comme mise en jambes. De mon coté, ça m’arrive rarement, mais j’étais un peu barbouillé… mais pas malade. Je crois que ça commence à aller mieux ! C’est inconfortable, mais c’est pas périlleux, le bateau va tout seul et on a juste besoin de réguler un peu à la grand-voile…. donc on a pu bien se relayer pour dormir. La première nuit, dormir était un bien grand mot car on ne trouvait pas le sommeil à cause des sauts dans la bannette ! Mais la position allongée était quand même la moins inconfortable ».
Hier, jeudi, les conditions ont été particulièrement rudes. Dans 30 noeuds de vent, à travers le clapot, Ian Lipinski et Antoine Carpentier se font brinquebaler. Cabosser. Le respect du principe de base sur l’eau – une main pour le bateau, une main pour l’Homme – s’est imposé de lui-même. « Entre les pointus et les scows, ça change tout en termes de chocs au près. Quand les pointus ont une étrave qui va s’enfoncer dans l’eau en retombant derrière une vague, celle d’un scow va juste faire un plat sans aucun amorti. Ce qui entraine une énorme différence dans les chocs encaissés par les bateaux et leurs équipages », précise Ian. Dans ces conditions musclées, en embrassant une trajectoire plus orientée sud, en profitant tout à la fois de leur capacité à ingérer les impacts et à exploiter le Class40 202 dans des allures qu’il affectionne, les deux navigateurs ont su creuser une première petite avance, qui s’établissait ce vendredi matin à un peu plus de 15 milles sur Belgium Ocean Racing, piloté par Jonas Gerckens et Corentin Douguet avec, en prime, un positionnement plus au sud qui leur assure un chouïa de vent en plus que le reste de la flotte, et un peu moins de route à parcourir.
Le futur proche est constitué de plus de deux jours de navigation au près dans des vents rarement endessous des 20 noeuds. Dans la journée de dimanche, le Class40 et son équipage changeront radicalement de mode : sera alors l’heure de ne pas se faire piéger par une veine anticyclonique qui barrera la route à la flotte. Un sujet stratégique déjà sur la table à cartes du duo, qui cherche dans le même temps à descendre le plus vite possible et à viser la zone la moins large de cet anticyclone. C’est un tout un art que réfléchir juste tout en se faisant secouer à chaque instant…
Globe40