Partis samedi dernier de La Réunion, animés de la ferme intention de ne pas traîner sur la route qui mène à Sydney, destination de cette troisième étape de la Globe40, le Class40 Crédit Mutuel, Ian Lipinski et Amélie Grassi ont bénéficié d’une entrée en matière plutôt douce. Mais l’ambiance va vite changer.

Un chiffre atteste de la douceur relative de ces premiers pas depuis l’île de la Réunion : en six jours pleins de navigation, les leaders de la flotte ont parcouru 800 des 5100 milles à parcourir, ce qui est fort peu quand on sait que, en théorie toujours, les équipages s’attendent à rallier Sydney en trois semaines.
« Sur le plan de la navigation et de la vie à bord, c ‘était une première semaine de course assez facile parce qu’on avait des conditions légères, résume Ian Lipinski. La vie à bord, c’était vraiment simple, il faisait beau, il faisait chaud, on vivait pieds nus en short avec un bateau à plat. Facile quoi, trop facile. Sur le plan de la compétition, on sent qu’il n ‘y a pas eu de grosse prise de risque dans la flotte : on est resté un peu groupé. Néanmoins, nous sommes contents d’avoir été plutôt maîtres de notre trajectoire. Nous avons tenté des petits recalages de temps en temps, et souvent les concurrents ont suivi, ce qui ne nous a pas permis de faire de gros gains. Mais ces petits gains nous permettent d ‘être devant aujourd’hui, donc on est content ».
Cette première semaine a été consacrée à la traversée d’un front anticyclonique, obstacle évolutif sur la route qui mène à la circulation d’un système météo qui traverse d’ouest en est les océans Indien, Pacifique et Atlantique, générant des régimes dépressionnaires favorables à la vitesse. En ce vendredi, le Class40 Crédit Mutuel navigue sous la latitude du 35°S, à peu près celle de Sydney (33°S) dans des airs un peu plus soutenus qu’en milieu de semaine. « Physiquement, les dernières 24 heures, on a un tout petit peu plus galéré à se reposer, donc on est un poil fatigué, reconnaît Amélie Grassi, mais on est quand même plutôt en forme parce que, vu que les conditions de vie à bord étaient faciles, on a bien mangé, bien bu et on a fait des super siestes, donc on a plutôt la pêche. Quand on voit ce qui nous attend, ce retour sur l’eau modéré nous a permis de prendre soin de nous un petit peu avant de se faire secouer ».
La tempête, ça se prépare
Bien dormir, bien boire, bien manger… les besoins sont universels… Mais se prépare-t-on vraiment à affronter le vent fort, la mer qui brasse, le bateau qui part en survitesse, le claquement des drisses, la route cabossée ? « Chacun a sa méthode, dit la co-skipper de Ian Lipinski, et j’ai mon organisation. Tu prends ta douche en sachant que c’est la dernière avant dix jours, tu ranges certaines de tes affaires, tu en sors d’autres pour avoir à portée de main ce qui te sera nécessaire. Avec Ian, on a réorganisé les sacs. Ça a été le fruit d’une discussion partagée et l’objectif était de savoir où chacun d’eux allait prendre place. Lesquels doivent rester accessibles alors qu’on se prépare à matosser (transférer les masses d’un flanc à l’autre du bateau en fonction de l’origine du vent – bâbord ou tribord – afin de favoriser la vitesse) régulièrement ? Quelles limites nous mettons-nous en termes de force de vent, de brassage de la mer ? Comment vont se passer les manœuvres ? C’est comme cela qu’on se prépare, mentalement, à entrer dans le vent fort. On se projette dans les conditions qui vont arriver, dans le comportement du bateau, comment je vais devoir réagir… »
Dans la journée, le quatuor de tête va s’immiscer dans un vent soutenu de nord-ouest, sorte de toboggan un peu pentu qui va lui permettre de prendre de la vitesse et de dessiner vers l’est et le grand sud une trajectoire assez simple – dans sa conception, pas forcément dans ses conditions de navigation. Au fil des jours, la pression atmosphérique et les températures descendront ; la pression, elle, augmentera.
« C’est rigolo parce qu’il y a eu ce matin des poussées de vent à 17-20 nœuds, s’amuse la Rochelaise. On était sur le qui-vive, comme s’il s’était agi d’une tempête. En réalité, le référentiel évolue assez naturellement : tu passes quelques heures dans le vent fort et ça devient ta norme. Je ne doute pas que nos corps et nos esprits sauront vite s’adapter. Si nous ne maîtrisons pas notre trajectoire, nous risquons de nous trouver rapidement dans 40, voire 50 nœuds de vent sur le parcours. C’est en tout cas ce qu’on a conclu de nos trois jours de réflexion sur la météo et les trajectoires qui pourraient nous faire faire la route optimale. Il y a du bon à s’éloigner du vent le plus fort. Tu peux y perdre un peu de temps sur les routages, mais cela finit par t’en faire gagner au bout du compte : tu t’épargnes des départs au vrac et tu peux garder un peu plus de voile. Mais tout ça dépendra aussi de ce que feront les autres… »
Globe40