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Mélancolique retour

« Est-ce la partie la moins enthousiasmante de ce tour du monde que ces jours passés à remonter l’Atlantique Sud ? On essaie d’oublier les chocs répétés du bateau qui cogne derrière presque chaque vague. Nous sommes au près depuis trois jours, je crois, bien serrés, sur un long bâbord amure.

Nous passons beaucoup de temps à regarder les différentes météos qui nous sont proposées au fil des jours. Aucune ne nous plaît vraiment, alors nous attendons la suivante en espérant à chaque fois que la nouvelle proposition sera plus séduisante. Et en attendant, nous n’avons que peu de travail sur le bateau, qui n’a pas besoin de nous pour cogner à chaque vague.

Les prévisions nous rendent un peu moroses, car il semble que le matelas confortable de milles d’avance dont nous disposions est voué à fondre jusqu’à néant. Ça nous paraît invraisemblable, mais chaque nouveau routage nous le rappelle cruellement. Depuis ce matin, comble du calcul numérique, Curium arrive systématiquement devant nous ! On se dit que cela sous-entend un resserrement dans quelques jours. Ce sera alors une nouvelle régate qui commencera !

En attendant, on essaie de ménager le bateau, ce qui n’est pas très aisé, car il faut bien les remonter, ces vagues, puisque nous allons là-bas d’où elles viennent.

Le temps semble s’être un peu arrêté, juste ponctué par le jour et la nuit qui alternent, et la température qui se radoucit.

On écoute un peu de musique, et ce soir, pendant que j’essaie d’écrire quelque chose de pas trop ennuyeux, c’est du piano : les Nocturnes de Chopin. La mélodie accompagne bien la nuit qui se lève, mais contraste avec la brutalité des chocs des vagues sur la coque. Cependant, ça décrispe un peu le corps, qui s’est habitué à se contracter en permanence.

Et puis nous prenons la direction de l’Europe et du retour au monde que nous avons laissé, et qui ne s’est pas arrêté de tourner pendant que nous en faisions le tour. Je crois que les actualités ne sont pas plus réjouissantes. Je me souviens de la longue route de Bernard Moitessier. Peut-être est-ce dans ce coin de l’Atlantique qu’il a définitivement enterré l’idée de rentrer en vainqueur en Europe, et qu’il a changé de cap pour repartir vers les mers du Sud, les albatros et sa liberté. Peut-être qu’il en avait juste ras le bol de faire du près et qu’il s’est dit : « Je repars dans le sens des vagues ! » Quelle histoire !

Antoine essaie de s’endormir, alors je le prends de court, lui qui écrit toutes les nuits le mot du bord. Quand il va se réveiller, je lui dirai que je l’ai déjà écrit ! »

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