
« Hello la Terre, ici Pluton.
Les jours se succèdent et se ressemblent. On file toujours à l’est, en bâbord amure (le vent vient de la gauche du bateau). On a toujours entre 25 et 30 nœuds de vent. Difficile de trouver le compromis entre vitesse et prudence. On a pris un rythme un peu différent : on essaye de dormir par tranches de 4 heures. C’est bien plus reposant pour celui qui dort, et celui qui est sur le pont est un peu plus fatiguant, mais en tout cas, en ce qui me concerne, ça me va. Ne pas être fatigué comme lors de cette fameuse journée noire où nous avons enchaîné les mauvais choix de voiles et de trajectoires… Il nous a coûté cher, celui-là ! On avait enchaîné les manœuvres, accumulé encore plus de fatigue : bref, la spirale infernale. Bien content d’en être sortis ! Du coup, on devrait avoir encore deux jours sur ce bord avec ces mêmes conditions. Et vous me croirez ou pas, mais on finit par s’habituer un peu à ce manège inconfortable. Le corps humain a décidément une capacité d’adaptation surprenante.
Le choix de voile reste un secret d’État dans cette guerre des nerfs que nous menons avec nos copains belges. Qui va lâcher en premier ???
Il nous reste encore 2 700 milles avant d’arriver à Valparaíso : moins qu’une Route du Rhum et un poil plus que les Açores / Antilles.
Ça va être compliqué d’arriver pour le concert de Manu Chao le 18, je crois… Pour l’instant, si on tient nos routages, on devrait arriver autour du 21, ce qui reste une belle perf en soi : 21 jours pour faire 6 230 milles !Le tableau n’est pas très joli : on n’a pas vu le soleil de la journée, une visibilité réduite à environ 5 milles (difficile à estimer sans personne à côté). À part les albatros, rien : tout n’est que désolation dans un chaos de vagues. Même si je pense que la houle a une période légèrement plus longue qu’hier, ce n’est pas encore une autoroute, mais plutôt une piste de rallye avec des bosses dans tous les sens. On s’accroche, il faut tenir encore 48 heures avant que ça mollisse. Puis un dernier coup dans le sud, et après on remonte vers Valparaíso.
Tout va bien à bord de Crédit Mutuel sur cette énorme étape de la Globe 40. »
Globe40