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Mot du bord – Jour 14

« Hello la Terre, ici la station orbitale Crédit Mutuel.

Un point mythique, rendu presque irréel par ce poisson rouge de Walt Disney. Ça fait quelque chose, même pour des marins aguerris ! Une autre ligne de ma liste de vie que je peux rayer : ça, c’est fait. Je me suis écarté de la civilisation le plus loin qu’il est possible de le faire sur notre planète Terre.

Ça fait quoi ? Eh bien, pas grand-chose en fait… si ce n’est que je ressens plein d’émotions en même temps. De la joie d’avoir accompli ce rêve de gosse, de la peur d’être loin de tout, de la fierté d’y être arrivé avec un bateau encore à 100 %, de la tristesse de ne pas le partager avec ceux que j’aime. Ça doit être pour ça que mon message risque d’être un peu long à lire, afin d’être sûr de le partager au maximum.

Petit quiz : quelle est la terre la plus proche de ce point ? Probablement Ducie Island, quasi plein nord, à environ 1 500 milles. Après, je n’ai pas passé deux heures à regarder, course oblige : on a d’autres préoccupations la vitesse du bateau, le sommeil, la nourriture…
Le peu de nouvelles que nous avons de la Terre nous donne presque envie de rester là, loin de la folie humaine ! C’est marrant : au moment où je vous écris, ma playlist me balance une jolie chanson qui résume bien la situation : Societyd’Eddie Vedder, que ma chérie m’a fait découvrir.

Retour à la course. Curieuse sensation de courir devant un front, loin de tout. Normalement, sur nos transats, on va à la rencontre de ces fronts, qui génèrent beaucoup de vent et une mer désordonnée. Là, on fuit devant, sachant qu’à un moment il va nous passer dessus comme une machine qui écrase tout sur son passage.

La trajectoire des Belges reste la trajectoire idéale, mais c’est sans compter que, dans une navigation à 35/40 nœuds, la mer ne permet pas toujours d’accélérer, et que la casse fait fortement partie du jeu. Notre position plus au nord reste ventée, mais nous paraît plus raisonnable en termes de risque. Nous verrons qui avait raison. En tout cas, je suis plus rassuré d’être là où nous sommes que 60 milles plus au sud.

Ce qui est rageant, c’est que nous sommes sur une étape à fort coefficient : il nous faut impérativement finir devant si nous voulons garder une chance de finir vainqueurs à Lorient… même s’il reste encore deux étapes, dont une bien costaud (le cap Horn). Encore une ligne de ma liste que je vais pouvoir rayer, si tout se passe comme prévu.

La Globe 40 est une course, mais croyez-moi, c’est aussi et surtout une aventure !
Je vous laisse, épuisé par tant d’émotions et tant d’efforts pour se tenir en face de l’écran…

À très bientôt.
Crédit Mutuel sur la Globe 40. »